L’Affaire des Brûlots.

Ce dossier thématique reprend une vitrine conçue en collaboration par le Service historique de la Défense et le Musée national de la Marine, et présentée au Musée national de la Marine - Hôtel de Cheusses, à Rochefort, du 9 février au 20 mai 2019.

1809, Napoléon a institué le blocus continental et les Britanniques bloquent de nombreux ports de l’Empire en représailles. Les colonies antillaises sont menacées. Une escadre doit partir de Rochefort pour les ravitailler en hommes et approvisionnements. Alors que les Français mouillent à l’embouchure de la Charente, protégés par les canons de l’Ile d’Aix, les Anglais, très supérieurs en nombre, passent à l’attaque dans la nuit du 11 avril : ils envoient une trentaine de brûlots, navires chargés d’explosifs et de matériaux inflammables, destinés à incendier les vaisseaux ennemis. Après une nuit chaotique, plusieurs navires français s’échouent ou sont brûlés. Si les Anglais déplorent la perte de 32 tués et blessés, on dénombre côté français 250 morts, 800 blessés et 650 prisonniers. À la suite de cette débâcle, un procès est organisé pour tenter de chercher des coupables. Le Service historique de la Défense conserve à Rochefort de nombreux documents concernant ce qui deviendra « l’Affaire des Brûlots », et ses retombées, notamment des plans de navires et devis de campagne, des archives judiciaires mais aussi des correspondances officielles ou personnelles. Le fonds de l’officier de Marine Jules Silvestre renferme quant à lui toute la documentation réunie pour l’écriture de son livre.

 

 

 

 

 

Plan de la rade de l’île d’Aix le 11 et le 13 avril 1809. Ce document annexé à l’ouvrage publié par un érudit au début du XXème siècle donne à voir la position des flottes française et anglaise et le déroulement de la « bataille de la rade des Basques ». L’escadre anglaise (en rouge) bloque les vaisseaux français (en noir) au mouillage, et lance les brûlots, provoquant des manœuvres désespérées pour éviter l’incendie.

SHD RO-INV5236 : Les Brûlots anglais en rade de l’île d’Aix, 1809 / par J. Silvestre.- Paris : Arthur Savaète, 1912.

 

 

Les Brûlots de l’île d’Aix, 1809 / par le capitaine de frégate en retraite Charles Salneuve, 1879.

 

 

 

 

Liste des 15 bâtiments composant l’escadre française. Témoignage de la postérité que connut l’affaire, ce manuscrit a été rédigé par un ancien officier de Marine plus d’un demi-siècle après les faits. Il indique la composition de l’escadre, formée de 11 vaisseaux et de 4 frégates, le nom des bâtiments et de leurs commandants ainsi que leur position, et s’attache à commenter leurs manœuvres.

SHD RO-R1605 : Les Brûlots de l’île d’Aix, 1809 / par le capitaine de frégate en retraite Charles Salneuve, 1879.

 

 

Portrait du capitaine de vaisseau J. B. Lafon.

 

 

 

 

Portrait du capitaine de vaisseau J. B. Lafon. Commandant du vaisseau Le Calcutta, Jean-Baptiste Lafon est condamné à mort pour avoir abandonné de son navire en présence de son ennemi. Il est fusillé le 9 septembre 1809 à bord du vaisseau amiral L’Océan, mouillé au port de Rochefort. Cet ouvrage écrit par son petit-fils, Julien Lafon, entend le réhabiliter.

SHD RO-8°2273(1) : Histoire des Brûlots de l’île d’Aix. Tome 1 / par Julien Lafon.- Paris : Amyot, 1867.

 

 

Procédure relative à l’affaire des Brûlots à Rochefort et jugement qui s’en est suivi.

 

 

 

 

Factum reproduisant les pièces du procès. Le jugement des quatre commandants mis en cause dans l’affaire, Clément-de-la-Roncière, Lafon et Proteau pour avoir laissé perdre leurs bâtiments, et La Caille pour avoir abandonné le sien deux heures durant, est utilisé à des fins de propagande. Les pièces du procès sont reproduites dans Le Moniteur universel, qui tient lieu d’organe d’information officiel. Les commentateurs ’affrontent aussi sur le terrain juridique.

 SHD RO-R2550 : Procédure relative à l’affaire des Brûlots à Rochefort et jugement qui s’en est suivi. Brest : Michel, 1809.

 

 

Notes du capitaine de vaisseau Lucas, commandant Le Regulus, en réaction à la copie du rapport fait par le vice-amiral Allemand, commandant de l’escadre, à l’Empereur.

 

 

 

 

Notes du capitaine de vaisseau Lucas, commandant Le Regulus, en réaction à la copie du rapport fait par le vice-amiral Allemand, commandant de l’escadre, à l’Empereur. Le capitaine Lucas, héros de la bataille de Trafalgar, au cours de laquelle son équipage infligea une blessure mortelle à Nelson, répond point par point à l’argumentaire du vice-amiral Allemand, pour justifier la perte d’une partie de son escadre, le mettant en cause. Ce dernier, qui bénéficie en sous-main de l’appui du ministre de la Marine Decrès, n’est cependant jamais inquiété.

SHD 54S2 (pièces 5 et 6) : Fonds Jean-Jacques-Etienne Lucas (1712-1914), capitaine de vaisseau de la Marine royale.

[Le 12], quel dût être l’étonnement des anglais, en nous voyant tous préservés d’une destruction qu’ils regardoient comme évidente, ce qui devoit leur avoir couté immensément, même dans l’employ des brulots, qui étoient tous doublés en cuivre.

Oui, Mr l’amiral, au jour l’escadre de S. M. étoit jusque là preservée des destructions, sans que vous eussiez eu en cela nul autre mérite que celui de lui avoir fait le signal de « Sauve qui peut », c’est-à-dire le signal de liberté de manœuvres, que vous répetates cinq fois à l’escadre ou à divers batiments en particulier.

 

 

 

 

 

 

Rôle d’équipage de bureau du vaisseau de 54 canons Le Calcutta, 1809. Ce type de registre est rempli pour chaque campagne. Il contient de nombreuses informations relatives aux marins et passagers embarqués : nom, origine, date de naissance, grade, solde, etc. Si le rôle de bord est embarqué et tenu à jour pendant la campagne, le rôle de bureau est conservé dans le port de départ. La page de titre précise ici « Incendié en rade de l’île d’Aix le 12 avril 1809 ».

SHD MR-3E2-559 : Rôle d’équipage d’un bâtiment de guerre.

 

 

https://www.servicehistorique.sga.defense.gouv.fr/media/507

 

 

 

 

Dessin de la sculpture du vaisseau Le Foudroyant. Mis en chantier dans l’arsenal de Rochefort en 1793 sous le nom de Dix Huit Fructidor, ce vaisseau à deux ponts de quatre-vingt canons, est conçu sur les plans de la classe Tonnant, dessinés par l’architecte naval Jacques-Noël Sané sous la conduite du chevalier de Borda. Il est rebaptisé en 1800 pour prendre le nom de Foudroyant, qui emprunte à l’imaginaire mythologique et guerrier. Durant la bataille de la rade des Basques, il est commandé par le contre-amiral Gourdon, où il forme l’arrière-garde de la flotte.

SHD MR-2G2/4-178 : Plans de bâtiments, éperon du vaisseau Le Foudroyant.

 

 

Sentences prononcées à l’égard des accusés.

 

 

 

 

Sentences prononcées à l’égard des accusés. Au terme d’un procès expéditif, dans lequel les officiers et les hommes d’équipage entendus apportent des témoignages contradictoires et peu concluants, le Conseil de guerre abandonne les accusations à l’égard de Clément-de-la-Roncière mais condamne ses trois co-accusés. Tandis que Lafon paie de sa vie la défaite infligée à la flotte française, La Caille, radié de la liste des officiers et dégradé de la Légion, obtient en 1816, avec la Restauration, une lettre de grâce qui le rétablit dans son honneur.

SHD MR-3O20 : Liste nominative des officiers de la Marine traduits en Conseil de guerre en raison de la perte des bâtiments qu’ils commandaient.

 

 

En partenariat avec le Musée national de la Marine Musée de la Marine

Dernière modification le 11/05/2020

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