La symbolique militaire : une longue évolution

La symbolique est « l'art de substituer une image a une idée, un dessin à un concept, une figure à une pensée » mais est aussi « l’art de retrouver l'idée derrière l'image, le concept au travers du dessin, la pensée sous la figure ». C'est l'ensemble des symboles propres à un peuple, à une époque, à une religion. La symbolique militaire qui se manifeste par divers signes multiformes (uniformes, insignes, emblèmes, fanions, etc) s’est forgée au cours de l'histoire de France.

Les prémices de la symbolique militaire

Les Gaulois étaient habiles à orner de symboles les pièces de leur équipement militaire et notamment leurs casques au sommet desquels fleurissaient des panaches, des cornes et des ailes. Ils ont aussi des « enseignes » qui sont les signes de reconnaissance de la peuplade qu'ils emportaient au combat. Après leur conversion au catholicisme, les Francs remplacent, par des objets religieux, les animaux figurant sur leurs emblèmes. Au Moyen-Âge, les chevaliers se regroupent sous une " bannière", qui est en quelque sorte le drapeau féodal. Au XIIe siècle, apparaissent les "armoiries", symbole féodal transmis de génération en génération et marques distinctives de familles, de collectivités ou d'individus représentées sur un écu. Les croisades donnent naissance à la première marque nationale. Les croisés arborent en effet des emblèmes nouveaux qu'ils vont conserver et transmettre à leurs descendants. C'est là la genèse des armoiries qui conservent les noms d'origine arabe pour désigner certaines couleurs : gueules pour le rouge, sable pour le noir, sinople pour le vert. Au cours de la Guerre de 100 ans apparait la "devise"  comprenant une figure (animal, plante, objet) qui en est le corps et une sentence qui l’explique ou la complète. Au XVe siècle avec l'organisation d'une armée royale permanente, apparaît pour la première fois, le mot de "fanion" dans un texte qui organise le corps des francs archers. 

L'évolution du XVIe siècle à la Révolution française

Le XVIe siècle permet à la symbolique militaire de s'enrichir. L'armée connaît une nouvelle organisation avec la création des « régiments ». Dès 1510, on adopte le mot « drapeau ». Les devises sont alors en grande vogue. La grande révolution dans le développement de la symbolique militaire reste les grands débuts de l'uniforme. La première pièce d'uniforme imposée par Louis XIII est la casaque particulière aux mousquetaires en 1622 (elle arbore la fameuse croix fleurdelisée que l'on peut considérer comme le premier insigne régimentaire de l'armée française). En 1690, le mot « uniforme » est introduit par Louvois dans les règlements traitant des tenues des armées. Le XVIIIe siècle marque le début du « cérémonial militaire » qui est une forme nouvelle de la symbolique militaire. Le fanion avait jusqu'alors un rôle purement utilitaire (il sert au tracé des camps, aux alignements et au jalonnement). Une ordonnance de 1779 crée le fanion de campagne, ancêtre du fanion moderne. En 1788, apparaissent les fanions de commandement portés par un officier attaché à la personne du commandant en chef.

L'époque moderne : la symbolique militaire image du régime politique de la France

La Révolution française veut gommer toutes traces de l'Ancien Régime. Les symboles changent et c'est l'uniforme qui prend un caractère symbolique par ses trois couleurs : bleu, blanc, rouge. L'Assemblée nationale adopte par décret du 30 juin 1791, un nouveau modèle de drapeau. Chaque régiment à deux bataillons, possède deux drapeaux différents. Sur le premier, on trouve les trois couleurs nationales mais on conserve la croix blanche avec mention du numéro du régiment. Sur le second, figurent la croix blanche, le numéro du corps et différentes couleurs. Pour tous les drapeaux, la devise, qui existait déjà sous l'Ancien Régime, se généralise et s'intitule : « discipline, obéissance à la loi ». L'emblème représente désormais la nation. Napoléon poursuit les nuances qui caractérisent chaque corps de troupe. Depuis une ordonnance du 9 novembre 1810, la coiffe militaire arbore le grade du militaire. Il introduit l'aigle dans ses armées. En 1804, il est placé à l'extrémité d'une hampe. L'Empereur va donner de l'importance aux fanions. En 1808, il décide que désormais un seul aigle subsisterait par régiment. En 1811, une réglementation précise concerne les fanions dans l'infanterie. Dès 1812, les trois couleurs apparaissent, sur nos drapeaux, dans les dispositions qu'on voit à l'heure actuelle. Napoléon introduit également les inscriptions de batailles et les devises sur nos emblèmes. La devise « honneur et patrie » apparaît sous Louis-Philippe. Ce n'est qu'après la chute de ce dernier, qu’apparaît l'inscription « République française » et le fer de lance. 1880 met un terme à l'évolution des emblèmes. Pendant 14-18, avec la mécanisation de l'armée, les véhicules sont ornés de dessins au pochoir, souvent humoristiques. Les aviateurs font de même sur les entoilages de leurs avions (dessins patriotiques ou humoristiques). Les premiers insignes militaires français apparaissent aussi pendant ce conflit, par reproduction, en manière de broche, des marques distinctives peintes sur le fuselage des avions ou la carrosserie des véhicules. L'insigne accompagnera bientôt un nouveau système de marques symboliques sur les différentes parties de l'uniforme ; attributs qui indiqueront l'arme, la subdivision d'arme, le grade, l'ancienneté, les qualifications.


L'abécédaire de la symbolique militaire 

La symbolique militaire qui se manifeste par divers signes multiformes (emblèmes, insignes, etc) s’est forgée au cours de l’histoire de France.

Les emblèmes (drapeaux, étendards et fanions)

Les emblèmes se divisent en trois catégories : les drapeaux et les étendards qui symbolisent la patrie et la personnalité de la formation militaire à laquelle ils sont attribués ; les fanions qui symbolisent la personnalité morale de la formation militaire à laquelle ils sont affectés et qui peuvent, dans certaines unités ne disposant pas de drapeau ou d’étendard en tenir lieu dans les cérémonies.

© Service historique de la Défense

Les drapeaux et les étendards

Les drapeaux sont les emblèmes des troupes à pied, comme l'infanterie, le génie, les transmissions. L’étoffe est un carré de 90 cm de côté. Les étendards sont les emblèmes des troupes à cheval, comme la cavalerie, l'artillerie, le train des  équipages. L'étoffe est un carré de 64 cm de côté. 

Ils se composent de trois parties :

  • Le fer de lance qui est en bronze ;
  • La hampe qui est en bois de frêne ;
  • Les parties flottantes ; le  tablier, divisé en trois parties égales (une bleue, une blanche et une rouge) qui est destiné à recevoir des inscriptions et la  cravate  qui porte un certain nombre de décorations. Le tissu est de la soie et les bords sont garnis de franges d'or. Les lettres et inscriptions diverses (numéros et indications des corps, noms de batailles, etc.) sont faites en or fin.

Le tablier

Sur l'avers de l'emblème, figurent les mentions : « République Française » et, au-dessous, la désignation du corps. Au revers de l'emblème, on trouve des devises et des lieux de batailles. La devise la plus répandue est : « honneur et patrie ». S'agissant des noms de batailles, la plus ancienne est «Valmy 1792» et la plus récente « Koweït 1990-1991 ». 

La cravate

Elle est destinée à recevoir les décorations décernées au régiment (Légion d'honneur, Ordre de la Libération, Médaille militaire, Croix de guerre, fourragères, Médaille de la Résistance, médailles commémoratives, etc …)

Les fanions

Le fanion est la marque collective des unités non dotées d’un drapeau ou d’un étendard, dont il symbolise la personnalité morale et l’héritage patrimonial. Il est constitué d’une partie flottante, rectangulaire ou triangulaire, en tissu de soie, de coton ou de laine ; cette surface qui peut être bordée de franges porte le nom de tablier. Il est aussi constitué d’une partie rigide, la hampe, qui porte le tablier et à laquelle est éventuellement attachée une cravate.

© Service historique de la Défense

Les insignes

L’insigne est une marque symbolique individuelle portée par le militaire sur son uniforme qui témoigne de la personnalité de l’organisme militaire à laquelle il appartient. C’est en général un petit objet arboré comme signe de reconnaissance ou de distinction. Il en existe plusieurs catégories : insignes d’unité, de décoration, de grade, de fonction, de spécialité ou de qualification, … 

Commandement des centres de préparation des forces - © Service historique de la DéfenseEMIA Grande Guerre - © Service historique de la Défense

 

Le patrimoine

Le patrimoine de tradition des unités se compose du patrimoine majeur et du patrimoine non majeur. 

Le patrimoine majeur d’une unité comprend les éléments matériels suivants : son emblème (drapeau ou étendard), ses inscriptions et devises emblématiques, ses citations et décorations décernées à titre collectif, croix de Lorraine, fourragères et flammes spéciales ; 

Le patrimoine non majeur d’une unité comprend des éléments matériels (insignes, fanions, écussons et particularités de la tenue, objets ou souvenirs ramenés des champs de bataille ou lieux de missions, les biens meubles et legs) et des éléments immatériels (l’histoire, les souvenirs historiques qui se rapportent au passé de l’unité, de ses devancières ou de la personne dont elle porte le nom, les marches, refrains ou sonneries).

Les filiations

La filiation rattache l’unité actuelle à ses devancières par un lien historique fort. Elle peut être « directe », « indirecte » ou « mixte ». 

La filiation directe est fondée sur l'identité d'appellation. Elle relie entre elles une unité d’active (actuelle) avec une à trois unités devancières dissoutes, de même numéro ou nom (en particulier pour la Marine et l’armée de l’Air), en principe de même vocation opérationnelle ou fonctionnelle, et d'importance équivalente. 
La filiation indirecte intervient lorsqu'une unité est désignée comme héritière ou dépositaire, seule ou avec d'autres, des traditions d'une ou plusieurs unités dissoutes ou renommées, sans que la filiation directe puisse s'appliquer. Les unités sont alors reliées entre elles par la similitude des missions, par le sang ou par ascendance
La filiation mixte permet de rattacher une unité nouvelle à plusieurs devancières. Si sont identifiées à la fois une filiation directe et une filiation indirecte à une seule et même unité, alors la filiation est considérée comme mixte.

Last modification on 06/09/2019

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