Ministère de la défense

N° 269 de la Revue historique des armées : L’image de l’ennemi

 

Le nouveau numéro de la Revue historique des armées consacré à l'image de l'ennemi vient de paraître.

 

DOSSIER « L'image de l'ennemi »


 

Brigands ou soldats ? L'image du guérillero espagnol dans la correspondance française (1810-1814)

Gildas Lepetit

La campagne d'Espagne a été le cadre d'un soulèvement d'une ampleur sans précédent connu sous le nom de guérilla. Devant ce phénomène, deux conceptions, l'une espagnole, l'autre française, s'affrontent. La perception du héros patriote luttant contre l'envahisseur se heurte à la légende noire entretenue par certains militaires impériaux. Les autorités françaises se sont en effet évertuées à nier la « militarité » de l'insurrection espagnole. Pourtant, progressivement les partidas se structurent, s'équipent d'artillerie, donnent à leurs chefs des grades réglementaires, se regroupent en bataillon et se vêtissent d'uniformes pour se transformer en de puissants corps militaires. Les généraux gouverneurs continuent cependant dans leur grande majorité à ne les considérer que comme de simples brigands, niant, par commodité ou par éducation, les dimensions politique et militaire de leur engagement.

L'image du prussien dans la littérature française contemporaine

Jean-François Dominé

Le conflit franco prussien de 1870 marque la fin de l'épopée. Plusieurs générations d'écrivains, prosateurs et poètes, entreprennent de démystifier le phénomène. La perception du Prussien évolue selon les phases de la guerre. Jugé présomptueux au début des hostilités, il est taxé de fourberie avec les premières défaites et l'espionnite se répand. L'absence de nouvelles fiables au moment de l'invasion alimente toutes les rumeurs : c'est un monstre capable des pires atrocités. Vu de près, il impressionne par son organisation sans faille. Rationnel et froid, il est dénué de scrupule, mais toujours poli, ce qu'il est avec les populations occupées. Cependant, il arrive que le vainqueur devienne à son tour victime, soit de la guerre, soit de vengeances privées. D'une production abondante et inégale, il ressort une image de l'ennemi complexe, voire paradoxale, d'où ont émergé des types destinés à perdurer au-delà des deux conflits mondiaux.

L'impérialisme britannique vu par la Gazette des Ardennes durant la Première Guerre mondiale

Bernard Wilkin

La France et la Belgique occupées sont, durant la Première guerre mondiale, l'objet d'une propagande intensive orchestrée par l'autorité allemande. Le journal le plus important est sans aucun doute la Gazette des Ardennes dont le rayonnement s'étend jusqu'en territoire libre. Cet organe pamphlétaire utilise la politique étrangère de la Grande-Bretagne comme thématique principale. L'hostilité historique avec la France ainsi que la politique coloniale agressive sont utilisées sans modération afin de modeler l'image d'un pays cynique, calculateur et dépourvu de toute humanité. Une multitude d'articles, poèmes et caricatures sont publiés durant les quatre années d'existence du journal. Le présent article vise à examiner la façon dont cette propagande fut orchestrée. Les thèmes principaux, ainsi que les formes employées, sont détaillés ainsi que la réponse apportée par la Grande-Bretagne.

L'image officielle du soldat allemand pendant la Grande Guerre

Hélène Guillot

Produite par la Section photographique de l'armée, l'image officielle du soldat ennemi, et principalement allemand, répond aux besoins spécifiques de la propagande par l'image organisée par la France en 1915. Ce front inédit répond à des nouveaux codes édictés par les exigences diplomatiques du moment. Cet article s'intéresse à la manière dont la France « fabrique » la représentation de son principal ennemi, entre 1915 et 1919. Celle-ci s'appuie majoritairement sur des clichés de soldats allemands prisonniers, faire-valoir de la victoire, exposés tels des trophées. La portée de l'image de la captivité va bien au-delà de l'humiliation de l'ennemi dépourvu de ses attributs de soldat. En effet, le discours officiel s'appuie aussi sur les photographies des destructions provoquées par les obus allemands ou bien, plus rarement, sur le corps sans vie de l'ennemi. L'ensemble fournit une représentation que la France instrumentalise dans sa bataille contre l'Allemagne, sur le front de l'image. En définitive, la représentation officielle de l'ennemi ne se cantonne pas à sa seule production, elle s'accompagne d'un contrôle et d'une diffusion organisée des images, en France ou à l'étranger, notamment via l'élaboration d'albums thématiques aux titres évocateurs pointant du doigt la « barbarie » des ennemis de la France.

« L'ennemi intérieur » : l'armée et le Parti communiste français de la Libération à la guerre froide

Nicolas Texier

Née dans l'entre-deux-guerres, héritant de l'hostilité traditionnelle entre les forces armées et le Parti communiste français, la perception par les militaires des communistes comme des « ennemis intérieurs » ressurgit au début de la guerre froide. Les rapports entre l'armée et les communistes français ont pourtant connu plusieurs périodes de détente relative, la dernière se situant à la Libération, lorsque le PCF participe au gouvernement et, suivant l'intérêt de la doctrine communiste pour les questions militaires, tente de promouvoir la création d'une armée nouvelle et populaire, sur le modèle des mouvements de la Résistance intérieure. Avec le début de la guerre froide, cependant, l'armée française est amenée à mettre en œuvre une « action psychologique » qui officialise le discours anticommuniste. La conjonction de l'adoption de ce discours partisan avec la politisation de l'armée qui a lieu en Indochine puis en Algérie amène, en 1962, le général de Gaulle à supprimer le caractère policier qu'avait acquis la lutte contre la subversion communiste après 1947.

Dans l'intimité du Viêt-Minh, les images capturées par le garde Le Bris

Benoît Haberbusch

Lors d'une opération menée à Bentré en novembre 1948, le garde républicain Le Bris a récupéré 79 photographies prises par le Viêt-Minh. Rassemblés dans un album déposé au Service historique de la Défense, ces clichés représentent une remarquable source d'informations visuelles sur les adversaires des Français au début de la guerre d'Indochine. Ces images produites par le service de propagande ennemi sont surtout une excellente représentation de la guerre révolutionnaire prônée par le Viêt-Minh. À l'action militaire, faites de raids et d'embuscades, s'ajoute une action politique, plus fondamentale, basée sur une vision globale du conflit où toutes les ressources doivent être mobilisées et où la population constitue l'enjeu ultime.

 

DOCUMENT


Quels ennemis à l'écran ? Les comptes rendus de censure du chef de bataillon Pierre Calvet (mai 1936-septembre 1938)

Stéphane Launey

 

VARIATIONS


 

La mécanisation de l'armurerie militaire (1855-1869)

Jean-François Brun

La Révolution industrielle s'étend à tous les secteurs de l'industrie. La guerre de Crimée révèle les performances accrues, en termes de portée et de précision, des fusils à canon rayé. Les diverses armées sont dès lors amenées à adopter de nouvelles formations tactiques et à renouveler leur armement, désormais démodé. Soucieux de modernité, le Second Empire décide, en 1862, de remplacer la production artisanale des armes militaires individuelles par la fabrication mécanique, grâce à l'emploi systématique des machines-outils, qui garantit l'interchangeabilité des pièces. De 1863 à 1868 est construite à cet effet, à Saint-Étienne, une usine ultramoderne, tandis que les autres manufactures (notamment Châtellerault) sont partiellement modernisées. Parallèlement, les expériences destinées à choisir un nouveau fusil pour l'armée française aboutissent à retenir le Chassepot modèle 1866. La construction de ce dernier par voie mécanique débute aussitôt et ne cesse de croître jusqu'en 1870, concrétisant le franchissement d'un seuil technologique dans l'armurerie militaire nationale.

Le plan Simoun ou la mobilisation anticipée des conscrits européens d'Algérie en juin 1962

Soraya Laribi

Le plan Simoun est le nom de code militaire d'une opération destinée à transférer les jeunes européens d'Alger et d'Oran en métropole et en Allemagne afin qu'ils y effectuent leur service militaire. Il s'inscrit dans la même logique que les trois fractions du contingent précédent, dites 1962/1 A, 1962/1 B et 1962/1 C, respectivement mobilisées les 1er janvier, 1er mars et 1er mai 1962 et envoyées, elles aussi, en métropole. Cependant, il s'en distingue par l'appel anticipé. En effet, les jeunes FSE (Français de souche européenne) d'Alger et d'Oran ont été mobilisés en juin, un mois avant l'appel de la fraction du second contingent, dite 1962/2 A, dont l'incorporation était normalement prévue pour le 1er juillet selon le décret, n° 61-1291 du 29 novembre 1961. Mais aussi, par le recrutement à l'âge de 19 ans, en raison de l'alignement des âges d'incorporation sur ceux de la métropole et par la résiliation de nombreux sursis. Ces mesures extraordinaires sont imposées, le 17 mai 1962, par l'ordonnance n° 62-574 du ministre des Armées Pierre Messmer.

 

SYMBOLIQUE ET TRADITIONS MILITAIRES


Armée de Terre, major Luc Binet

Armée de l'Air, capitaine Éric Bénard

Gendarmerie nationale, garde Sébastien Horner

 

LES FONDS DU SHD


La conservation au Service historique de la Défense

Damien Richard

 

PORTFOLIOS


Représentations de l'ennemi dans les fonds photographiques de l'ECPAD

Hiver 1942, la dissidence et l'engagement dans les fonds du SHD

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mise à jour: 5 décembre 2012