Ministère de la défense

La proclamation d’Austerlitz, 2 décembre 1805

 

 

Proclamation d'Austerlitz : recto

Proclamation d'Austerlitz : verso signé de la main de l'Empereur


La bataille d'Austerlitz


 

La proclamation d'Austerlitz a été rédigée par Napoléon au soir de sa victoire sur les troupes austro-russes le 2 décembre 1805, lors de la campagne d’Allemagne de 1805. Dans le but d’abréger une poursuite qui épuise les Français à mesure qu’elle renforce les Russes, l’Empereur tente d’obtenir enfin une bataille, en faisant croire aux alliés qu’il ne dispose plus des forces nécessaires pour poursuivre la guerre. Le piège prend, et les troupes dirigées par Alexandre Ier et Koutouzov entreprennent de tourner la Grande Armée pour lui couper la route de Vienne. Ce faisant, ils dégarnissent leur centre retranché sur le plateau du Pratzen, que les colonnes françaises enlèvent à midi, grâce au secours que la cavalerie de la Garde porte à l’infanterie menacée par les Chevaliers-Gardes russes. Coupée en deux, l’armée alliée n’a plus d’autre choix que la fuite. Toute sa droite se rue alors sur l’étang gelé de Satschan, dont la glace ne tient pas et dont les eaux engloutissent hommes, canons, fourgons et chevaux, créant ainsi un épisode célèbre de la légende napoléonienne et participant à l’imagerie d’une bataille désormais mythique, d’autant que le 2 décembre marque le premier anniversaire du couronnement de Napoléon. Deux jours plus tard, un armistice était conclu, signant la fin de la troisième coalition réunissant le Royaume Uni, le royaume de Naples et les empires d’Autriche et de Russie contre l’empire français.

 

La correspondance de Napoléon


 

L’exemplaire que conserve les archives de l’armée de terre du service historique de la défense est un document écrit par l’un des secrétaires de l'Empereur et signé de la main de ce dernier.  Lu aux troupes puis reproduit dans le Bulletin de la Grande Armée, ce texte s’adresse également à l’opinion publique française, à une époque où la Nation est encore proche de son armée. Inscrivant la légitimité politique de Napoléon dans l’heureux sort des armes et dans le soutien de ses soldats, il participe à l’effort de propagande qui vise, dès la campagne d’Italie de 1796, à construire l’image d’un homme providentiel et la légende d’un chef infaillible en la personne de Napoléon.

Le SHD conserve la correspondance adressée par Napoléon aux ministres de la Guerre et de la Marine, ainsi qu’à de nombreux officiers. La correspondance est un moyen efficace de gouvernement, pour un homme qui dirige un empire et que ses fonctions de chef des armées entraînent souvent loin de sa capitale. Tout au long de son règne, il maintiendra auprès de lui un cabinet de secrétaires principaux et auxiliaires, chargés de prendre sa dictée. Impatient de nature, il énonce un discours qu’il faut saisir au vol, ce qui, ajouté à la gestion qu’impose la correspondance d’un homme qui régente l’Europe, représente une charge de travail écrasante pour les hommes qui constituent la Secrétairerie d’Etat. Celle-ci adopte d’ailleurs la sténographie dès qu’elle en prend connaissance, en 1813. Napoléon est en effet un grand travailleur, doté d’un bel esprit de synthèse et d’une mémoire étonnante, et dictant si vite à ses secrétaires, que ceux-ci ne peuvent que prendre des notes, puis reconstituer le discours à partir des lettres adressées à l’Empereur et grâce à la connaissance indispensable qu’ils ont des sujets abordés dans la réponse. La relecture suit la mise au propre, puis la missive est expédiée après d’ultimes corrections et lorsqu’une copie en a été faite pour être conservée dans les archives de la Secrétairerie d’Etat impériale. Les Bulletins de la Grande Armée et les adresses aux soldats sont rédigés de la même manière. 

Avec la fondation Napoléon, le SHD participe à la grande entreprise que représente l'édition intégrale de la correspondance de l'Empereur.

 

Transcription



 

"Soldats

Je suis content de vous. Vous avez à la journée d’Austerlitz justifié tout ce que j’attendais de votre intrépidité. Vous avez décoré vos aigles d’une immortelle gloire. Une armée de cent mille hommes commandée par les empereurs de Russie et d’Autriche a été en moins de quatre heures ou coupée ou dispersée. Ce qui a échappé à votre fer s’est noyé dans le lac. 40 drapeaux, les étendards de la Garde impériale de Russie, 120 pièces de canon, vingt généraux, plus de trente mille prisonniers sont le résultat de cette journée à jamais célèbre. Cette infanterie tant vantée et en nombre supérieur n’a pas résisté à votre choc, et désormais vous n’avez plus de rivaux à redouter, ainsi en deux mois cette troisième coalition a été vaincue et dissoute. La paix ne peut plus être éloignée, mais, comme je l’ai promis à mon peuple, avant de passer le Rhin, je ne ferai qu’une paix qui nous donnera une garantie et amènera des récompenses à nos alliés.

Soldats, lorsque le Peuple français plaça sur ma tête la Couronne impériale, je me confiais à vous pour la maintenir toujours dans ce haut éclat de gloire qui seul pouvait lui donner du prix à mes yeux. Mais dans la même moment nos ennemis pensaient à la détruire et à l’avilir, & cette Couronne de fer conquise par le sang de tant de Français, ils voulaient m’obliger à la placer sur la tête de vos plus cruels ennemis, projets de souverains et insensés que le jour même de l’anniversaire du Couronnement de votre Empereur, vous avez anéantis et confondus. Vous leur avez appris qu’il est plus facile de vous braver et de vous menacer que de vous vaincre.

Soldats, lorsque tout ce qui est nécessaire pour assurer le bonheur & la prospérité de notre patrie sera accomplie, je vous renverrai en France ; là, vous serez l’objet de ma plus tendre sollicitude. Mon peuple vous reverra avec des transports de joie, et il vous suffira de dire : j’étais à la bataille d’Austerlitz pour que l’on réponde : voilà un brave.

De notre camp impérial d’Austerlitz le 12 frimaire an 14.

Napoléon."

 

En savoir plus


Jean-Paul Bertaud, « Napoléon journaliste : les bulletins de la gloire », Le Temps des médias 1/2005 (n° 4), p. 10-21 [En ligne].

 


Mise à jour : avril 2010

 

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